Expédition de 48 heures au parc de Courzieu, le 18 et 19 mai 2005

Me revoilà repartie à Courzieu pour 48 heures, une escapade bien méritée après des partiels difficiles et fatigants. Je prépare mon sac pour deux jours entiers et surtout une nuit au parc, pour pouvoir effectuer mon observation nocturne. Je suis toute excitée par cette première nuit au parc, et j’espère bien profiter de ces deux jours, qui devraient être ensoleillés.
Je ne me doutais pas que ces 48 heures seraient aussi chargées en évènements.
Mercredi 18 Mai, premier jour
Arrivée au parc, comme d’habitude à 10h30 du matin. Il fait beau mais l’air est frais et je suis en pantalon et parka ! Cette fois-ci, j’ai ramené un gros sac avec mon duvet et mon matelas gonflable, ma bouffe (vive les pâtes Panzani) et des encas (Fruits et Kitkat)…
Mes petits loups vont bien, je m’empresse d’aller les voir. Taïga, Tanguy les jeunes sont là, attentifs.
Nous sommes mercredi et à ma grande joie, il n’y a pas de scolaires aujourd’hui ! Seulement des particuliers et des familles ce qui fait beaucoup moins de monde au parc. J’ai enfin mon appareil argentique Nikon F65 et je vais mitrailler. Ce matin il n’y a personne dans le parc, et un des fauconnier a remarqué que la femelle dominante semblait moins ronde qu’il y a quelques jours, car elle attendait ses petits. Pour la première fois je pénètre dans l’enclos, avec David, Cyril et Benoît le stagiaire. Les loups prennent leurs distances en nous observant de loin. C’est impressionnant de rentrer sur leur territoire. On peut ramasser des touffes de poils par terre, les loups commencent à perdre leur poil d’hiver. On sent dans notre dos des yeux qui nous observent et ça fait tout bizarre. Benoît est déjà entré seul dans l’enclos une fois, et il a eu très peur car les loups tournaient autour de lui et le mâle dominant le fixait et avançait vers lui…il a quand même pris des pierres dans la main au cas où mais il ne s’est rien passé. Ouf ! Il faut dire qu’il est entré dans l’enclos à un moment assez délicat, car la meute venait de changer de dominant
, alors il est possible que l’entrée d’un intrus sur son territoire soit une occasion pour lui de montrer sa dominance. Sinon on ne rique pas grand chose, il n'y a jamais eu d'accident au parc. On longe le grillage, à la queue leu leu et on arrive près de la tanière. Nous n’avons pas a avoir peur de la louve, nous ne craignons rien. Les loups, contrairement à d’autres animaux, ne défendent pas leurs petits devant des humains, ou très peu. C’est pourquoi il a été si facile de les exterminer pour les louvetiers, au Moyen-Age. Cyril plonge la main dans la litote toute sombre. On perçois des petits cris et couinements. Cyril sort du trou une petite boule grise…Benoît et moi on est béats. Waaaaaaaaa des ptits louuups !
David s’agenouille et Cyril sort les petits un à un et les pose en tas dans les bras de David. Un, deux, trois , quatre…sept petits ! Cinq mâles et deux femelles, je suis aux anges. Les petits n’ont pas les yeux ouverts, ils sont trop beaux, le poil très épais et rugueux gris sombre avec des petites taches blanches sur le poitrail et le bout des pattes…et ils puent le loup, haha. Cyril me donne un petit, un mâle. Il a beau avoir un jour, il tiens dans mes deux mains le petiot ! Il pleure car il ne doit plus sentir la chaleur de ses frères et sœurs. Je le remets dans les bras de David. J’ai juste le temps de sortir mon appareil pour faire 2-3 photos. J’ai la main qui pue le loup mais je m’en fous ! On essaie de pas trop laisser notre odeur sur les louveteaux et après les avoir comptés et déterminé le sexe, on ressort de l’enclos. C’était vraiment un moment magique !
Comme d'habitude c'est vive la sieste au moment le plus chaud de la journée.
Dans l’après-midi, après le spectacle des rapaces, les touristes viennent près de l’enclos des loups pour les observer quand on leur donne à manger.
Jean-Pierre, un des deux directeurs, commence la présentation. Je commence à le connaître par cœur, son discours ! Il est bien élaboré et présente bien le loup aux gens, qui sont attentifs. J’accompagne Benoît dans l’enclos avec mon appareil, Jean-Pierre a été très sympa et m’a autorisée à y rentrer. Mais les loups n’osent pas approcher car j’ai mon appareil dans la main et ils assimilent ça à un fusil. Je dois sortir et me mettre à distance respectable. Et là, les gredins, ils s’approchent ! Je ne leur en veux pas, évidemment. Je peux néanmoins prendre de jolis plans car je suis dans l’enclos partie visiteurs.
Je croise un photographe qui a un sacré objectif : un 70-210 mm ouverture 2.8 sur un boîtier numérique professionnel, ça déchire ! Après le repas, des gens viennent nous poser des questions à Benoît et moi. On a même le droit a quelques compliments !
Cependant cette superbe journée est assombrie par un triste événement : comme la femelle dominante a mis bas la veille au soir, elle a retrouvé de sa hargne pour recommencer à harceler la femelle oméga (en bas de l’échelle hiérarchique chez les loups) qui a près de 8 ans. Le matin, elle l’a limite égorgée deux fois devant moi. Tant de violence est très dur à supporter, car on ne peut rien faire et la pauvre louve oméga hurle de douleur. La femelle alpha lui a littéralement arraché une oreille et son cou est ouvert, rouge de sang, c’est pas beau à voir. Les visiteurs qui l’aperçoivent paraissent choqués car la blessure est impressionnante. Il paraît cependant que la louve souffre bien plus psychologiquement par rapport à sa place au sein de la meute que de sa vilaine blessure.
Cela fait plus de deux mois qu’elle subit ce traumatisme. Elle reste prostrée dans un coin et se cache de la dominante qui peut l’attaquer à tout moment. Comme Benoît et moi avons vu de près l’état de la louve, nous en parlons aux directeurs qui vont la voir à leur tour, dans la journée. Pour finir ils décident de l’abattre, car elle n’a jamais été aussi mal en point et elle ne mange plus, devenant anorexique. Un cas semblable s’est déjà déroulé dans le parc. Dans la nature, la louve partirait mais là ce n’est pas bien possible. C’est un des gros inconvénient de la captivité.
19h30-Je vais manger mes super pâtes au studio pour les stagiaires du parc pour le dîner. La nuit commence à tomber. Je suis toute excitée par cette observation nocturne. La lune est là, pile au dessus de l’enclos, le ciel est dégagé. Après manger Benoît m’accompagne près de l’enclos et on aperçois les silhouettes des loups dans la prairie. Plus la pénombre envahit le parc, et plus le faisceau de ma lampe porte loin et on s’amuse à balayer l’enclos avec pour voir briller les yeux des loups. Des paires d’yeux luminescentes qui vous fixent c’est terrible. Depuis que le soleil a disparu, et que la nuit s’est peu à peu installée, les loups s’approchent très près de nous, à des endroits proches de la barrière qu’ils n’osent atteindre en pleine journée. C’est comme s’ils sentaient qu’ils étaient en supériorité par rapport à nous. J’ai pris ma lampe frontale avec moi et j’attends que l’obscurité arrive pour qu’elle puisse porter assez loin. C’est excitant de se trouver là dans le parc la nuit. On va sur le pont « passe-loup » pour changer d’angle de vue. Passer dans le petit bois qui longe, l’enclos, c’est comme un tunnel tout noir avec la sortie au bout, on se croirait dans Blanche-Neige. La nuit tombe enfin et la lune éclaire les loups qui sont restés en plaine. Leur dos luit sous la lune. Quelques étoiles scintillent. J’aperçois la silhouette des jeunes, dont Taïga. Je les vois curieux et je me mets à trottiner avec ma frontale en les appelant. Les loups courent un peu avec moi le long du pont, et à chaque extrémité de les éclaire avec ma lampe c’est marrant. Puis on se redirige vers le centre du pont avec Benoît et je sors mes jumelles. C’est impressionnant comme même la nuit on peut bien les distinguer sous la lune ! L’ancien mâle dominant lance une plainte avec sa voix grave. Je sors précipitamment mon dictaphone et le prépare. Il lance une seconde plainte, tout seul, que j’enregistre. On ne fait plus un mouvement et on attend. Comme c’est l’ancien dominant, les loups ne sont pas censés le suivre. Mais à la troisième longue plainte, un gémissement l’accompagne. Un silence. Puis la meute se met à chanter à l’unisson.
Rien à voir avec les hurlements provoqués par le bruit du micro avant qu’on les nourrisse, pendant le spectacle. C'est un concert rien que pour nous.Les voix, toutes différentes, avec des graves, des aiguës, des rouillées. Je discerne des bons chanteurs qui arrivent à s’accorder sur des sons différents. C’est vraiment très harmonieux. Ils chantent pendant plus d’une minute je pense, une minute qui restera gravée dans ma mémoire et dans mon cœur. Par une belle nuit éclairée, ce chant mélancolique nous a fait battre le cœur. L’arrêt et bien souvent brusque, et le silence suivant cette magnifique prestation, personne ne se risque à le briser. Même Benoît et moi, on se regarde et on murmure notre admiration sans sortir un son. C’était génial ! Il se fait tard et Benoît part se coucher. Je l’accompagne au studio pour aller récupérer mon duvet en mon petit matelas, que je vais installer à l’intérieur du pont, car il y a un passage pour les enfants qui me tiendra à l’abri du froid. Benoît me fout les pétoches avec une histoire de suicide qui s’est passé dans le parc. C’est malin ! J’ai un peu peur en sortant du studio à cause de ce gros bêta. Faut pas me parler des esprits alors que je couche dehors toute seule ! Pfffff
Mais quand j’arrive près de l’enclos, toute peur est dissipée et je souris dans le noir. Je m’installe dans le pont et me couche, face à la lune. Je ne suis vraisemblablement pas tombée la bonne nuit car après leur concert, les loups se sont couchés et n’ont pas fait UN bruit. Ils sont censés être bien plus actifs la nuit que le jour, mais pendant toute la journée ils ont été spécialement bougeons. Je me réveille de temps en temps pour jeter un coup d’œil mais RIEN ! Je suis trop fatiguée pour me mettre à courir autour de l’enclos pour les faire bouger, surtout que je risque de me casser la figure à courir dans le noir, et même avec la lampe frontale c’est pas évident d’apprécier le relief. Je me réveille à 1h30 du matin et j’ai froid, même la tête enfouie sous le duvet, je frissonne. Pas étonnant, il fait près de zéro dehors ! Je prends mon duvet, mon sac et rentre me coucher au studio. J’essaie de pas faire de bruit en rentrant, mais Benoît pousse un gros râle qui me flanque limite un arrêt cardiaque. « Alors, c’est quelle heure ? » il me demande, le sourire aux lèvres. Bon ça va j’ai tenu jusqu’à 1h30, lui même ne pensait pas que je tienne si longtemps. La performance est donc assez honorable, sachant qu’il caille trop dehors.
Jeudi 19 Mars, 07h50
Réveil au studio, pas trop mal dormi dans un lit au matelas hyper mou. Je me lève, déjà toute habillée, et vais me débarbouiller. David et déjà dehors, on va à sa rencontre pour lui dire bonjour. Puis on va près de l’enclos pour voir dans quel état se trouve la louve oméga. Elle n’a pas bougé de la nuit, prostrée dans son trou. Christian, l’autre directeur, se charge de la tuer. Elle meurt sur le coup. On va dans l’enclos pour aller la chercher. C’est lourd a porter un loup ! Elle doit faire 35 kg. Puis on l’emmène plus loin et on la pose dans la pelle du tracto-pelle . Je fais quelques photos pour le rapport de stage de Benoît qui devra appuyer ses dires par des preuves. La louve est encore toute chaude, on en profite pour la regarder, la caresser, la pauvre petite. Nous disons au revoir a notre petite louve. On en était malades de la voir souffrir et maintenant on est un peu tranquillisés car on sait qu’elle ne souffre plus là ou elle est. Christian va l’enterrer avec le tracto-pelle.
Au revoir petite louve, nous te rendons hommage et espérons que tu trouveras la tranquillité dans l’autre monde. Canwa a composé une musique pour toi, que l’on peut écouter ici.
Benoît s’occupe de couper les poulets pour le repas des loups dans l’après-midi. Il fait bien plus chaud que la veille car le vent est tombé. Je vais près de l’enclos, il y a plein d’enfants de partout ! (au moins 5 ou 6 cars scolaires). Quand j’arrive, des enfants entrain de jouer prennent peur car ils ont été impressionnés par mon chapeau, hahaha
Le reste de la journée, je le passe au soleil sur le pont, a observer les comportements des loups qui paraissent un peu déboussolés, d’une part à cause de l’arrivée des louveteaux et d’autre part à cause de la mort de l’oméga.
Quand les enfants ne sont pas là pour me voir, je me glisse près du grillage et j’essaie de jouer un peu a cache-cache avec eux, et prendre de jolies photos.
J’arrive même à prendre une photo de la louve alpha avec un petit mort dans la gueule.
Quand il y a eu autant de naissance, la femelle en général ne va garder que 3-4 louveteaux sur les 7. La nature a bien fait les choses, et si la femelle n’a pas assez de lait ou qu’elle estime qu’il ne sert a rien de les élever, elle les tue.
La semaine prochaine je retourne à Courzieu pour procéder au puçage électronique des louveteaux qui restent.
Jojo
Commentaires
Une vie part une autre nait, le cycle de la vie.
En tout cas un des articles des plus costauds,let's The Jojo Saga Continue ;-)
ich bin total begeistert von eurer Homepage und den Wölfen! Leider konnte ich mir nur die Fotos anschauen, da ich kein Französisch kann, aber die Fotos alleine erzählen schon Bände und man kann sich richtig einfühlen.
Viele liebe Grüße aus Deutschland von Sabine & Ludger, von den Hunden Bruno & Jack und von den beiden Katern Balou & Mogli
Dein Besuch hier bei uns hat uns riesig gefreut!
PS: Besuchst Du uns auch einmal auf unserer HP und hinterlässt einen Gruß?
Dürfte ich das Foto von Dir auf meiner HP verlinken?
Mais Naturel ( peut-on dire naturel pour des loups dans des parcs ?...)
Mais retenons 1 chose:
SUPERBE PHOTO :o)
tu est une vrais Artiste ( et oui je pense que on peu dire cela de toi ).
Biz
http://fewregafraaaf.host.com
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Hallo liebe Aureliè
Deine neuen Fotos sind Mega Klasse! Ich hoffe bei euch ist alles in bester Ordnung? Viel Glück in Kanada!
Viele liebe herzliche Grüße aus Deutschland senden dir und deiner Familie
Sabine & Ludger, die Hunde Bruno & Jack und die >drei< Kater Balou, Mogli & Chipsy
J'ai été très ému de ton récit, tes photos, et tout ce qu'il t'est arrivé, car j'ai moi-même été stagiaire au parc de courzieu en cette année 2007 ^^.
Cependant je me trouvais plutot du coté de la fauconnerie que des loups, mais leur présence m'a aussi grandement intéressé, et je suis content d'avoir pu ressentir les mêmes choses que toi lors de mon passage la bas (en fait j'ai quand même pas eu la chance de voir une naissance..ou la "chance" d'assister à la mort de l'oméga...j'ai pu leur donner à manger lors du spectacle de l'après midi)
J'aimerais pouvoir avoir des contacts avec toi si tu viens encore par ici, je t'envois de toute manière un mail, à très bientot, bonne continuation !
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Super et triste à la fois...
Fais nous part de tes autres esccapades!!!
Bisoo la miss!